Aug
19

The Dark Lord has returned

Auteur Footick    Category Supervillain     Tags

Nous sommes en fin de cycle. Une fin sombre, qui sera unanimement reconnue comme la pire dans les années qui suivront. Le conseil des sages, dans une volonté d’apaisement, a donc statué sur le sort du renégat en le condamnant à l’exil. Certes dix-huit matches ce n’est pas la perpétuité, mais pour un joueur de son âge c’est tout comme. En bannissant l’insoumis, le conseil a voulu marquer d’une pierre blanche la fin d’une ère. Tout en se dédouanant d’une manière peu subtile mais efficace.

Car ce seigneur du mal est un bouc-émissaire facile. Il a en lui toutes les qualités nécessaires pour remplir ce rôle. Il est antipathique, vulgaire, mégalomane, rebelle et mal-aimé. Sa seule absence à sa condamnation suffit à dresser le portrait du personnage. Sauf que cela sent beaucoup trop la ruse de scénariste en manque d’idée. Après avoir escamoté discrètement en leur sein les éléments les plus perturbateurs sans que cela ne satisfasse pleinement le peuple, il fallait bien créer un supervillain assez charismatique pour le job. Tout le monde réclamait la tête de Domenech et il semblait se satisfaire du job. C’était même le candidat idéal. Mais évidemment, celui-ci est bien trop malin et il aurait fallu débourser un sacré paquet de fric pour se payer sa tête en public. Du coup, le conseil des sages a bien été obligé de choisir parmi les antagonistes un homme pour endosser la responsabilité du fiasco. Comme si l’on voulait prolonger le suspense une saison de plus (alors qu’on sait bien que le public réclame une fin digne de ce nom).

Une belle connerie. Raymond va disparaître dans la nature et finir sa vie tranquillou billou dans un patelin perdu, en savourant une victoire bien méritée sur l’ordre établi. Alors qu’une des jeunes âmes qu’il a corrompues va pâtir des actes stupides du conseil. Car c’est bien évidemment de ça dont il s’agit. Bien décidé à faire disparaître toute responsabilité du fiasco, la fédération fait donc énormément de remue-ménage pour désigner ses coupables. Une poignée de joueurs dont on tape sur les doigts, un sélectionneur que l’on fait disparaître, une tête couronnée que l’on envoie précipitamment à la retraite et bien évidemment le cas qui nous intéresse ici. On fait bonne figure un minimum : un entraineur de ligue 1, héros du peuple et chouchou des ménagères, pour le poste de sélectionneur, une belle équipe de puceaux pour la reprise et un mec issu du football amateur pour prendre la présidence par intérim. Ça fait joli dans la gazette. Pour le reste, on fait le mort, c’est plus sûr.

En temps de crise, quand le spectaculaire ne suit pas, il faut en créer quoiqu’il en coûte. Et c’est évidemment logique d’avoir choisi Anelka dans le rôle du méchant. On l’aimait déjà pas trop avant, il préférait faire de la pub pour Quick ou Pringles alors que d’autres sauvaient le secteur automobile français, vantaient les mérites d’une eau pure ou d’une assurance vraiment top pour ta vie. C’est sûr qu’à côté de ça, les hamburgers et les biscuits apéros, ça fait matérialiste. Mais bon, on peut légitimement se demander, au delà de toutes considérations sur le fait qu’il l’est bien mérité ou pas, si ça sert à quelque chose de bannir un type qui ne s’est jamais pleinement intégré à l’équipe de France tout en étant maitre en son royaume d’Angleterre. L’histoire se répète.

Avec sa décision, le conseil des sages a entériné la transformation d’un simple élément perturbateur en génie du mal. Un mec aigri qui n’aura de cesse de jeter ses succès outre-manche à la face de la France, tout en ayant la légitimité de le faire. Bouleversement ô combien ironique, où le jeune apprenti engagé sur la voie du côté obscur y a été précipité par ceux-là même qui souhaitaient l’en sauver quelques semaines plus tôt. Plus d’espoir de rédemption pour lui. Par temps de crise, il faut savoir sacrifier des troupes. Et c’est tant mieux si cela crée un minimum de dramaturgie. On peut à la fois être du bon côté et faire quelques mouvements de salaud pour le bien de la cause. Et puis Anelka, c’est vraiment de la gnognotte comparé à la moitié de la population de Minas Tirith.

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Jul
5

Le bon, la brute, le truand et le jeune premier

Auteur Footick    Category EPIC     Tags

Quoiqu’il arrive, chaque coupe du monde nous fournit son lot de scénario improbables. J’aurai aimé pouvoir vous époustoufler avec mes théories bien avant, mais la déroute successives de mes équipes favorites m’a profondément amoindri. La Corée du Sud, le Japon, le Ghana n’ont pas accédé au brillant destin que je leur imaginais. Comme chaque footix, je me dois de soutenir les petites équipes sans véritables expériences mais avec un charme fou, les petits pays comme on dit. Ils n’ont pas pour autant démérité mais c’est du passé. Les demi-finales s’approchent à grand pas, nous offrant un double duel manichéen au possible. Le héros décoré contre le jeune premier prometteur et le truand à qui on l’a fait plus contre la brute sans scrupules. Ça va saigner.

N’importe qui un peu courant des règles communes dans le jeu de rôle aura entendu parler de l’alignement, le karma si vous préférez. Chaque personnage ayant une ligne de conduite bien définie (qui peut évoluer, mais ici le temps est trop court). En regardant bien ces quatre équipes, on peut sans problème leur donner un rôle, un caractère bien défini. Et, ultime coup du sort, le destin semble s’être personnellement chargé du tirage puisque nous avons la demi-finale des gentils et la demi-finale des méchants. Une lutte fratricide permettant à chaque camp de choisir son meilleur champion pour une finale digne d’une épopée.

Commençons par les gentils. Le bon, c’est bien évidemment l’Allemagne. Brave, doué, charismatique, notre paladin a affronté les plus gros dragons pour se retrouver où il est. Avec une facilité déconcertante (et le zeste de chance en plus qui nous agace un petit peu), le teuton est sexy, efficace, jeune et distribue des buts aux chaines de télé comme un vieux monsieur en imperméable fournit des bonbons devant les écoles primaires. En plus de ça, c’est un héros moderne. Malgré son étendard rappelant à nos mémoires la blondeur dure et froide, cette équipe se présente à nous avec un visage métissé, européen (et plus encore) et une alliance de sagesse et d’impétuosité. C’est une équipe que tout honnête homme se doit de supporter car les chevaliers gagnent toujours, surtout s’il a déjà trois tournois à son palmarès.

Pour s’opposer au favori officiel, on trouve le prince espagnol. C’est avant tout le premier surpris à se retrouver si loin, malgré les signes évidents et ses victoires récentes en Europe. Car si lui aussi a eu de la chance (une vertu que seuls les héros peuvent avoir), sa réussite n’est pas laissé au seul hasard. Notre jeune premier est dévorant d’ambition et n’a pas le cœur aussi pur que notre chevalier teutonique. Réaliste, il ne tue qu’en un seul coup, sans panache, sans sentimentalisme. Il le sait, malgré ses grandes qualités, il ne peut se permettre de se laisser aller dans un combat esthétique. Il a du sortir vainqueur d’une lutte fratricide et se défaire d’un autre prince tout aussi gorgé d’ambition. Ils n’avaient pas les griffes acérées des dragons précédemment cités mais la tension psychologique était à son maximum. Voilà le prince espagnol sur l’avant-dernière marche de son entrée au panthéon et il ne sait toujours pas s’il réussira à dépasser le maitre. Il a tout simplement peur. Et c’est bien normal.

De l’autre côté, nous avons donc les méchants. Enfin, pour ne pas me mettre à dos la farouche communauté des rôlistes, je vais clarifier la situation de l’Uruguay, qui n’est pas à proprement parler un bad guy. La Céleste penche plutôt vers l’alignement « neutre », neutre mauvais certes, mais ce n’est pas forcément de son ressort. Puisque que pour arriver jusque là, notre vieux roublard a du mystifier de jeunes innocents. En envoyant valser la preuve de la bonne santé du football asiatique, l’Uruguay ne s’est pas fait des copains chez les enthousiastes béats. Et que dire de cette main sur la ligne à la dernière minute assortie à une panenka du plus bel effet face au dernier espoir africain ? Si ça ce n’est pas une tape bienveillante sur la tête du jeune puceau dont on avait soigneusement vidé le chargeur avant le duel, qu’est-ce que c’est ? Notre voleur (au sens noble) n’a pas forcément un mauvais fond, il a juste assez d’expérience pour ne pas se faire prendre la place par des jeunes cons qui foncent dans le mur. Parce qu’on la lui fait pas à lui.

Il reste donc les Pays-Bas, le méchant de cette coupe du monde. Un supervillain en puissance avec un passé torturé, des coups tordus et une aura diabolique. Un peu comme Dark Vador en orange. Parce que dans sa prime jeunesse, le batave voguait aux cotés de l’allemand sur les mers du bien. Mais quand le héros récoltait gloire et fortune, son side-kick ne ramassait que miettes et putains vérolées. Alors le paisible royaume a décidé de changer, transformant ses fiers chevaliers en mercenaires prêts à tout, subtilisant les techniques des pays voisins, réduisant son jeu au minimum syndical. Pour la grandeur de son armée, le royaume a du sacrifier le lustre de ses cités mais voit enfin sa stratégie porter ses fruits. Logique et froid, notre bad guy a massacré un innocent en prenant soin d’envoyer un bouquet à sa veuve. Les Pays-Bas ont maintenant soifs de vengeance, et après avoir sournoisement commis un régicide, rien ne semble pouvoir les arrêter, à part un héros.

Le truand aura-t’il un sursaut d’honnêteté en stoppant la course du mal pour récupérer une récompense qu’on a trop tardé à lui donner ? Le jeune premier saura-t’il combattre le vieux lion pour enfin prouver sa bravoure ? Ou aurons-nous cet affrontement tant attendu du bon et de la brute ? Le bien contre le mal. Ce serait diablement spectaculaire, à n’en point douter. Alors avec tous ces scénario affriolants, ne venez pas me dire que cette Coupe du Monde craint. Je risquerai de me fâcher.

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